Accueil Remonter
| |
La conversion miraculeuse du Juif Alphonse
Tobie Ratisbonne
Rome, 1842
Extrait de Pierre Molaine, L'itinéraire de la Vierge Marie,
Paris : Éditions Corrêa, 1953., pp. 140-149. Nihil obstat,
Imprimatur, 1952
[En 1842, le Juif
Alphonse Tobie Ratisbonne est à Rome pour un voyage d'agrément.]
Au
bout d'une quinzaine, il en a assez. Plus que jamais il rêve
d'appareillage, de grand large. Depuis son arrivée, il remet chaque
jour au lendemain une ennuyeuse corvée. Les convenances l'astreignent
à faire une visite de pure forme à un ami et allié de sa famille, un
monsieur de Bussières, baron, ci-devant protestant, catholique de
fraîche date, tout chaud encore des joies de la conversion, ardent
dévot de Marie, et qui devait faire paraître en 1862 un ouvrage sur le
culte et les pèlerinages de la Vierge en Alsace. Il médite de se
présenter à l'improviste, la veille même de son départ, chez ce
papiste, de déposer promptement sa carte, au cas très probable où
l'autre ne serait pas à domicile, et de déguerpir, quitte de toute
obligation, en jurant à part soi qu'on ne l'y prendrait plus. Mais
monsieur de Bussières est là. Il le reçoit, l'assassine de mille
grâces, d'autant de congratulations. Alphonse Tobie bientôt le voit
venir avec ses mines de patte-pelu et son prêchi-prêcha. Bussières
est possédé du zèle des néophytes. Il a flairé une belle pièce. Il
la voit déjà lancée par son éloquence, débusquée. « A cloche-pied
ne se court lièvre » affirme le dicton. Lui va bon train, à toutes
jambes.
—
Vous y perdez votre latin, dit Ratisbonne. Je suis né juif et juif je
mourrai.
—
Promettez-moi au moins de porter sur vous cette médaille, frappée à
l'image de la Vierge, une médaille, monsieur, miraculeuse : la
médaille miraculeuse.
—
Voilà, se dit Alphonse Tobie, un homme à ne pas contrarier.
En
garçon de galante composition, encore qu'il tienne pour abusive et de
fort mauvais goût la prétention du baron, il s'y prête. Au surplus,
rien ne le désobligerait plus que de paraître redouter les effets du
cadeau. A contre-cœur, mais en riant aux éclats, il se laisse attacher
au cou la médaille miraculeuse.
—
Ce n'est pas tout, dit Bussières sans désemparer.
Quoi
encore ? N'en a-t-il pas fini avec ses homélies et ses turlupinades ?
Prend-il plaisir à son incivilité ? Se pique-t-il de pousser à bout
le jeune Israélite rebelle à son enseignement et inaccessible à une
vraie componction ? Pauvre baron ! Fut-il jamais homme de meilleure
farine, pétri de plus pures intentions ? Il est payé d'ingratitude.
—
Voici, monsieur, une prière que je vous demande de recopier, puis de
réciter une fois par jour. Rapportez-moi demain ce papier qui est un
exemplaire unique.
Alphonse
Tobie Ratisbonne promet tout ce qu'on veut. Il n'aspire qu'à une chose
: prendre du champ. Un moment, il a failli sortir de ses gonds. Mais il
réfléchit que s'emporter serait manquer d'esprit et songe qu'il y a
dans sa mésaventure matière à plus d'un trait piquant, propre à
relever son journal de voyage.
Cette
prière, c'est le Memorare ou Souvenez-vous, dit de saint Bernard. Saint
Bernard, la terrible et magnifique figure du christianisme militant, le
filial et ascétique serviteur de la Vierge, de qui il écrivit : « De
Marie, on ne parlera jamais assez » ! Ratisbonne lit, relit l'oraison
et, puisqu'il l'a promis, la recopie. Le jour suivant, il rapporte
fidèlement le papier à Bussières.
—
Je vous fais mes adieux, dit-il, je pars demain.
—
Non.
—
Comment, non ? Ma place est retenue sur le bateau.
—
Vous ne partez pas. Il y a, lundi, l'office pontifical de la chaire de
saint Pierre, à la Basilique. Il faut que vous voyiez le Pape officier.
—
Peu m'importe le Pape ! Je pars.
—
Vous restez.
Il
ne sut jamais s'expliquer pourquoi il resta. Il se laissa conduire à
Saint-Pierre. Il entendit tout l'office. La pompe de la musique
palestrinienne, l'appareil somptueux de la cérémonie, l'éclat des ors
et des lumières ne l'impressionnèrent pas. De méchante humeur,
pestant contre tous et chacun, singulièrement contre lui-même, il
sentait sur sa peau le contact léger de la médaille miraculeuse, et
les paroles du Souvenez-vous hantaient sa mémoire « comme un air
d'opéra qu'on chante sans y penser ».
A
cet office assistait aussi un personnage qui, sans avoir une seule fois
rencontré, une seule seconde vu Ratisbonne, intervint puissamment,
décisivement, sublimement, en sa faveur dans ses démêlés
inconscients avec le ciel. C'était le comte Auguste de la Ferronnays,
ambassadeur de France à Rome, diplomate subtil, dévoué au trône et
à l'autel, pratiquant zélé, pieux comme on ne sait plus l'être,
homme de bien, de devoir, de savoir, parvenu, semble-t-il, au soir d'une
vie marquée d'épreuves, aux plus hauts sommets de la spiritualité
chrétienne. Il était lié d'amitié avec le baron de Bussières qui,
le jour même, l'entretint de Ratisbonne. « Ce Juif, il faut qu'il
devienne chrétien. Il le mérite. Vous devez prier pour lui, cher ami.
»
—
Certainement, répondit le vieux gentilhomme.
Le
lendemain, 18 janvier 1842, dès l'aube, il se rendit à la messe dans
sa paroisse, la très modeste église de Sant-Andrea delle Fratte. Il
s'abîma en prières. A quelles intentions ? Il ne le confia à
personne, pas même à sa femme, qui sut de lui simplement qu'il avait
adressé à la Vierge au moins cent Memorare. Mais cette grandiose
imploration, s'élevant, aux lueurs indécises du petit jour et de
quelques pauvres cierges, fervente, intense, obstinée, passionnée,
d'un cœur solitaire, réfugié en une église solitaire, vers Marie
miséricordieuse et médiatrice, cette imploration poussée jusqu'au
plus haut d'es cieux, avec une humilité d'enfant, par ~n vieillard
chargé d'honneurs, ambassadeur de France, agenouillé incognito, à
l'heure où tout dormait encore, devant sa Souveraine, on imagine, on
devine quelle grâce désintéressée elle visait à obtenir. Comme
consumé par ce prodigieux effort d'oraison, le comte Auguste de la
Ferronnays devait mourir subitement le soir même, à nuit tombée. Il
venait de terminer son repas quand il se prit à vomir des flots de
sang. On le coucha. On alla quérir le baron de Bussières. En un
suprême transport d'amour divin, le moribond essaya de décrocher le
crucifix pendu à son chevet, n'y parvint pas, arracha le clou qui le
fixait au mur et rendit son dernier soupir dans un dernier baiser au
Sauveur. Bussières, arrivant en hâte, ne put que se recueillir sur un
cadavre.
Etreint
par l'affliction, il s'offrit à accomplir quelques démarches en vue de
la célébration des funérailles, arrêtées au vendredi 21 janvier. Il
ne perdit pas de vue, néanmoins, Alphonse Tobie Ratisbonne. Le 19
janvier, ils se trouvent de compagnie devant la Scala Santa. Bussières,
le geste théâtral, le ton emphatique, prononce, en ôtant son chapeau,
une apostrophe redondante : « Je te salue, dit-il, escalier sacré. Et
je connais un Juif qui, avant peu, te montera à genoux. » Pour
réponse, Alphonse Tobie éclate d'un rire proprement diabolique. Ils
prennent rendez-vous pour le 20 janvier. Mais, à l'heure convenue, le
baron attend en vain son homme. Ratisbonne, qui vient de parcourir en
touriste l'église du Gesù, refusant de s'y agenouiller et d'y prier,
malgré les instances du Père jésuite de Villefort, est attablé au
café du Bon Goût, sur la place d'Espagne, avec deux amis de Strasbourg
rencontrés par hasard. Ils devisent joyeusement, échangent des potins,
parlent femmes, voyages et politique. Ratisbonne invite d'ores et déjà
ses compatriotes à son mariage. Les verres sont levés. On boit à
l'avenir.
Bussières,
impatienté, a fait atteler sa voiture. veut aller chercher Ratisbonne
à domicile. Le temps lui paraît propice à l'une de ces promenades où
les cœurs affligés et les esprits inquiets s'apaisent à l'unisson de
la douceur du jour. L'air est vif, le ciel léger, vaporeux. Un tendre
soleil déride le fronton des austères façades. Midi sonne aux
clochers, çà et là. Ce serait folie que de ne pas profiter d'une si
belle occasion de relâche. Dieu merci, voilà Ratisbonne sur le
trottoir. Bussières lui fait place à son côté. L'Israélite, en
traitable disposition d'esprit souscrit volontiers à l'offre d'une
promenade.
—
Vous m'en voyez heureux, dit Bussières. Je suis obligé de m'arrêter
quelques minutes à l'église Sant-Andrea delle Fratte, où j'ai un
court message à remplir. Vous plaît-il de m'y accompagner ?
On
sourit avec indulgence. On songe que Bussières est la crème des
hommes, mais que rien ne le guérira de sa marotte. Le baron est-il
piqué de ce sourire?
—
Vous m'attendrez dans la voiture.
On
préfère descendre pour visiter l'église. Elle est encombrée de
charpentes, de herses à cierges, de candélabres, de draperies
funèbres. « Ce sont, dit Bussières, les préparatifs des obsèques de
mon pauvre ami La Ferronnays. Le service doit avoir lieu ici, demain.
J'ai affaire à la sacristie. Ne vous impatientez pas. Je serai à vous
dans quelques minutes. »
L'église
Saint-André delle Fratte est petite, pauvre, sans style ni beauté.
Aucun objet d'art n'v retient l'attention de Ratisbonne. Il y promène
ses pas, ses regards, avec ennui. Il ne pense à rien. Un chien noir en
divagation saute et bondit devant lui puis disparaît. Il longe le
bas-côté de droite, s'arrêté à la grille d'une chapelle latérale.
Il n'éprouve qu'un sentiment de solitude.
Soudain...
Soudain, il ne voit plus. Plutôt, ô mon Dieu, il voit une seule chose.
De tout l'édifice, évanoui à ses yeux, ne demeure que la chapelle
symétrique du bas-côté gauche, en face de lui, qui s'est tout à coup
illuminée d'une surnaturelle et rayonnante clarté, et, au milieu, se
tient, debout sur l'autel, pleine de majesté et de douceur, une femme
merveilleusement belle, couverte, comme le Christ transfiguré, de
vêtements tels qu' « aucun foulon ne peut en obtenir de plus
éblouissants », pareille à la Vierge de la médaille qu'il porte au
cou. « Non, non, la parole humaine ne doit point essayer d'exprimer ce
qui est inexprimable. Toute description, quelque sublime qu'elle puisse
être, ne serait que profanation de l'ineffable réalité. » Un appel
irrésistible le subjugue. Une force irrésistible l'arrache au sol, le
soulève, le transporte, dans le temps d'un éclair, aux pieds de
l'apparition. On ne saura jamais, il ne saura jamais comment, par quelle
opération, au mépris de toutes les misérables sciences d'ici-bas,
s'accomplit, à travers le désordre des matériaux ou des objets
d'apparat jonchant le sol de la nef, ce trajet impossible. Il est là,
tremblant de tout son être, éperdu de respect, d'admiration.
L'apparition le regarde, s'incline, bouge. De la main elle lui fait
signe de s'agenouiller. Un autre signe ordonne : « Ne résiste pas. »
Les genoux de Ratisbonne fléchissent. Il ne s'agenouille pas. Il
s'effondre. La main miraculeuse semble dire :« C'est bien. »
Le
front aux dalles, à tout instant il veut relever la tête pour ne rien
perdre de la vision radieuse. Mais l'éclatante lumière l'éblouit, une
vénération infinie le maintient terrassé. A peine peut-il, ose-t-il
contempler ces mains magnifiques, ces mains bénies, ces mains
célestes, ces mains qui approuvent et pardonnent. Le repentir
bouillonne en son cœur. Il pense à son frère Théodore avec un
transcendant bonheur, à sa famille plongée dans les ténèbres du
judaïsme, aux hérétiques, aux pécheurs, avec une compassion mêlée
d'effroi. Bientôt la vision s'éteint. Dans la chapelle des saints
Michel et Raphaël, dans cette sombre chapelle où il n'est pas une
statue, pas une image de la sainte Vierge, mais où est accroché un
tableau de sujet biblique, représentant, sous la patine des ans, le
juif Tobie protégé par l'ange, il ne reste plus qu'un homme, un juif
nommé Tobie, anéanti, qui pleure, qui pleure, pleure...
Très
surpris est le bon baron Bussières, au sortir de la sacristie, de ne
point apercevoir Ratisbonne. Il le cherche, et, plus surpris encore, le
découvre sans voix, sans forces, baigné de larmes, prosterné. Il
l'interpelle, le secoue, le relève, le soutient, l'entraîne, en le
portant presque, vers la porte. « Il a, se dit-il, les nerfs fatigués.
C'est une pâmoison. » Mais Ratisbonne, la langue soudain déliée,
s'écrie:
—
Elle ne m'a rien dit. Pourtant, j'ai tout compris.
Son
regard enflammé embrasse le décor confus de l'église déserte et
pénombreuse, où la pause de midi a interrompu les apprêts de la
cérémonie du lendemain, et, à la stupeur émerveillée de Bussières,
qui ne lui a pas confié, et pour cause, qu'il a intéressé à son cas
le défunt comte de la Ferronnays, il ajoute :
—
Comme ce monsieur a prié pour moi !
—
Où désirez-vous aller ? demande, tout ému, de Bussières.
—
Conduisez-moi, répond Ratisbonne, conduisez-moi où vous voudrez.
Après ce que j'ai vu, j'obéis. Ce qui vient de m'arriver, je ne puis
le raconter que devant un prêtre, à genoux.
Quelques
minutes plus tard, au couvent des Jésuites romains, devant le Père de
Villefort, à genoux, Ratisbonne tire sa médaille, l'embrasse, la
montre, incapable dans son exaltation de prononcer d'autres mots que
ceux-ci :
—
Je l'ai vue. Je l'ai vue.
Puis
il recouvre quelque calme, fait le récit du prodige, le renouvelle en
présence du Père Roothan, supérieur général des Jésuites, n'a de
cesse qu'il ne soit retourné à Saint-André delle Fratte, s'y met et
confond en prières, veillant aux cierges, dès le crépuscule, le
corps, transporté là en simple cortège, de Son Excellence
l'Ambassadeur de France comte Auguste de la Ferronnays, son protecteur
inconnu, son bienfaiteur anonyme, son répondant secret, son frère en
Jésus-Christ.
Ainsi,
à un mortel, en l'an 1842, se manifesta Marie dans le rayonnement de sa
puissance et de son indescriptible beauté. Il était né superbe : elle
l'abaissa. Il se fit humble, elle l'éleva. La noble figure de
Ratisbonne domine aujourd'hui les générations du haut d'un piédestal
de magnifiques vertus. « Si quelqu'un, écrivit-il plus tard, s'était
approché de moi, au café du Bon Goût, et m'avait dit : « Alphonse,
dans un quart d'heure, tu adoreras Jésus-Christ, tu seras prosterné
dans une église, tu te frapperas la poitrine aux pieds d'un prêtre,
dans une maison de Jésuites où tu passeras le carnaval pour te
préparer au baptême, tu renonceras au monde à ta fortune et, s'il le
faut, à ta fiancée, à l'affection de ta famille, à l'estime de tes
amis, à l'attachement des Juifs, et tu n'aspireras plus qu'à suivre
Jésus-Christ et à porter sa croix jusqu'à la mort », je dis que si
quelque prophète m'avait fait une semblable prédiction, je n'aurais
jugé qu'un seul homme plus insensé que lui, c'eût été l'homme qui
aurait cru à la possibilité d'une telle folie ». En vérité, il
renonça à tout. Le 31 mai 1842, après une retraite au couvent des
Jésuites il était baptisé et admis à la communion. Le 3 juin, un
décret pontifical reconnaissait qu'un vrai et insigne miracle, opéré
par Dieu, à l'intercession de la Vierge Marie, avait produit la
conversion instantanée et parfaite d'Alphonse Tobie Ratisbonne. La
jeune Flore, très entêtée de la religion de sa race, ne fit aucunes
manières pour lui rendre sa parole. Le contempteur des prêtres, celui
qui avouait « nourrir contre eux une haine amère et surtout contre ces
jésuites dont le nom seul provoquait sa fureur », entra dans la
compagnie de Jésus. Il y resta dix ans, publiant doucement et
modestement la gloire de Marie, s'efforçant en tout d'être et de
rester digne de sa maternelle confiance, de son inappréciable bonté.
Le retentissement de sa sublime aventure avait franchi les frontières,
mais il savait ne point se départir d'une irréprochable réserve sur
l'événement dont il était le héros. Un jour, venu en pèlerin à la
chapelle de la rue du Bac, il essaya, par l'intermédiaire de l'abbé
Aladel, de voir, d'entrevoir la religieuse qui partageait avec lui
l'honneur infini, l'inouï privilège d'avoir pu, formellement et
temporellement, contempler la propre mère de Dieu. Mais la visionnaire
de la rue du Bac et le visionnaire de l'église Saint-André delle
Fratte, la voyante de minuit et le voyant de midi n'avaient pas reçu le
même message. Des missions différentes les engageaient. La servante
des plus pauvres parmi les pauvres ne consentit ni à le recevoir, ni
même à dévoiler son nom. Dès lors, Ratisbonne se voua tout entier au
prosélytisme. Il quitta la Compagnie de Jésus pour se joindre à
l'abbé Théodore, qui avait créé les Congrégations des Pères et des
Dames de Sion, consacrées à la conversion des Israélites. Main dans
la main et ne faisant qu'un, les deux frères, naguère ennemis,
menèrent dans le siècle une vie admirablement féconde et édifiante,
semant leur route terrestre de fondations qui leur survivent et qui ont
fructifié. Ils s'étaient divisé le monde, Théodore s'attribuant
l'Occident, Alphonse l'Orient. Les établissements, les pensionnats, les
institutions multiples dont ils jetèrent les bases, l'aîné en France,
en Angleterre et jusqu'en Roumanie, le cadet en Terre Sainte, prolongent
leur mémoire et attestent leurs rares mérites. De Jérusalem, où
Alphonse avait acquis les ruines du prétoire de Pilate, rayonnaient son
prestige et son autorité. Il prêchait l'Evangile aux lieux mêmes de
la Passion, proclamant à la face d'Isracl sa croyance en l'Emmanuel, le
Messie né d'une fille de David pour la rédemption des hommes. Il le
prêchait partout à travers l'Europe qu'il parcourut en tous sens,
quêtant à tout allant et venant au bénéfice de ses œuvres. Il
était devenu le père Marie-Alphonse, à la barbe de fleuve,
catéchiste errant et mendiant. Oui, l'ancien dandy assidu des salons en
vue de Strasbourg, rejeton de financiers richissimes, tendait la main au
nom de ce Dieu confessé par lui avec autant de gratitude que de
componction. Il allait sans trêve, non point selon la fatalité de sa
race, mais suivant les exigences de sa foi. En ses dernières années,
il devint presque aveugle. Ses yeux se fermaient aux beautés précaires
du monde. Mais ils gardaient intacte, d'une resplendissante et céleste
présence, I'authentique et véridique image. Il mourut, septuagénaire,
en 1884, à Jérusalem, disant simplement : « Tous mes désirs sont
accomplis. »
Gloria in excelsis Deo !
Début
lettre
Table
des matières
|